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Publié par Feps le 21/06/11, traduit par Elodie Labbé pour Le Loup Translations.
Ces derniers temps, la presse européenne, les journalistes et les hommes politiques sont moroses. Le Monde titre que la Grèce n’a plus que 10 jours pour éviter le pire. Dans un article du Financial Times, Gideon Rachman explique qu’une union politique ne sauvera pas l’Euro ! Le Frankfurter Allgemeine Zeitung affirme, quant à lui, que le contribuable allemand est celui qui court le plus de risques.

La Grèce ne peut pas manquer à ses remboursements. Si l’on suit l’exemple du Prix Nobel Paul Krugman à propos du Nevada, il nous faut accepter que la plus grande erreur commise lors la création de l’euro fut de ne pas avoir construit de structures fédérales et automatiques en cas de problème dans un état membre (structures existantes aux États-Unis)

Voilà ce qui fait défaut en Grèce en ce moment. En d’autres termes, il est grand temps d’aller vers un véritable fédéralisme européen. Nous avons en main tous les outils nécessaires : tout d’abord en appliquant réellement le Traité de Lisbonne puis en permettant aux autorités, telles que le Président du Conseil, le Haut Représentant et le Président de la Commission, d’assumer pleinement leurs responsabilités, enfin et surtout, en allant vers une gouvernance économique européenne dirigée par un ministre des finances européen, responsable des politiques financières et monétaires. Cette autorité doit avoir le pouvoir de parler et d’agir au nom des états membres. La souveraineté partagée sur les problèmes financiers et monétaires devient urgente.

Ne pas partager davantage et ne pas considérer l’avenir global de l’Europe est une grave erreur ! Quel est l’enjeu pour les différents protagonistes ?

  • Actuellement, la Banque centrale européenne possède environ 77 milliards d’obligations souveraines des états membres de la zone euro dont 40 milliards d’obligations souveraines de la Grèce. Mais ceci est une valeur nominale car la Banque centrale européenne a crédité ces obligations à des banques privées en termes réels pour une moindre valeur. Les estimations des pertes éventuelles pour la Banque centrale sont d’environ 15 à 20 milliards d’euros (voir FAZ du 21 juin 2011) en cas de dette et de rééchelonnement financier. L’Europe ne vaut-elle pas plus de 20 milliards d’euros ? La question est donc de savoir pourquoi l’Europe est aussi dure avec la Grèce.
  • L’année dernière, la Grèce a généré du profit. Les chiffres récemment publiés par le gouvernement grec montrent clairement que la Grèce est à nouveau présente sur la scène financière. Le pays a enregistré la plus grande réduction du déficit annuel jamais vue dans l’économie de la zone euro au cours de l’année passée. La diminution des variations conjoncturelles du déficit du gouvernement est de 6,7 % du PIB (de -14,9 % en 2009 à -8,2 % en 2010). Le déficit en compte courant est passé de 14 % en 2009 à 11,8 % en 2010. La croissance du PIB semble être à nouveau de rigueur, avec un taux de 4 % pour le premier trimestre de cette année ; soit précisément le taux pour la zone euro tout entière ! La question est donc de savoir pourquoi l’Europe est aussi dure avec la Grèce.
  • L’Allemagne est actuellement dans une très bonne phase : 6,1 % de croissance du PIB pour le premier trimestre 2011 ; moins de 3 millions de chômeurs (7 %) ; deuxième plus large exportateur et un excédent de la balance commerciale de plus de 186 millions de dollars pour 2010 (The Economist, 18 juin 2011). L’intérêt de l’Allemagne devrait donc être de renforcer l’Europe. La dissolution de la zone euro serait un véritable désastre pour les entreprises allemandes. Une monnaie bien plus chère et par conséquent une position sur le marché mondial bien moins compétitive. La question est donc de savoir pourquoi l’Allemagne est aussi dure avec la Grèce ?

Il n’est pas simple de répondre à ces questions. La Banque centrale européenne n’est pas une banque centrale comme la Réserve Fédérale (FED) des États-Unis. La responsabilité de la Banque centrale européenne a toujours été le maintien de la stabilité des prix, jamais le bien-être et la croissance. Depuis longtemps, la Grèce montre des signes de méfiance envers l’Europe ainsi qu’une culture politique et économique inacceptable. L’Allemagne – mon pays d’origine — est dirigée par un gouvernement libéral et conservateur qui porte un regard populiste sur les problèmes de l’Europe afin de s’attirer les votes de droite et des nationalistes aux élections régionales qui auront lieu cette année ainsi qu’aux élections nationales de 2013. Voilà du populisme pur et simple !

Mais l’Europe ne se résume pas à des chiffres et représente bien plus que des votes populistes. L’Europe, c’est le bien-être, la croissance, la compétitivité, c’est trouver des réponses aux défis démographiques qui nous guettent. L’Europe c’est aussi l’emploi.

Ainsi, chaque crise devrait être considérée comme une chance d’avancer et d’aller plus loin dans la réflexion. Même si, en ce moment, nous ne voulons pas d’un autre débat sur la mise en place de nouvelles institutions européennes, il faut être bien clair : sur le plan politique, la construction de l’Union n’est pas terminée. Une avancée dans l’intégration signifierait une responsabilité et une souveraineté européennes plus partagées. Il est temps de convaincre les citoyens des états membres que l’Europe est réellement la solution !

La crise grecque actuelle fait partie du processus d’intégration européen. Les dirigeants devraient comprendre qu’« être dos au mur » c’est l’occasion d’avancer et de surmonter les problèmes.