english02Cet article est originairement publié en anglais sur le blog de Tax Justice Network, l’association de lutte contre les paradis fiscaux. Vous pouvez lire l’article original en cliquant ici.

Georges Bush père (photo) avait qualifié ces plans économiques de « farfelus ». Mais à l’instar de beaucoup d’autres remèdes « trop beaux pour être vrais », l’idée que les réductions fiscales favorisent les investissements et la croissance a la vie dure.

Au cours des trente dernières années, des études économiques empiriques sur les réductions fiscales ont été réalisées qui prouvent que la théorie ne fonctionne pas dans les faits. D’ailleurs, plus on se penche de près sur cette théorie des réductions fiscales, plus elle en devient risible. Pour autant, les preuves empiriques du contraire ne découragent pas certains fanatiques de mettre en avant cette hypothèse, d’autant plus que les politiciens apprécient les théories à l’emporte pièces.

Les conclusions d’une recherche récente sur les répercutions des réductions fiscales dans les investissements viennent tout juste d’être publiées par le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA). Leurs chercheurs ont examiné la part des dépenses en capital des entreprises dans le PIB canadien et dans les liquidités des entreprises de 1961 à 2010. Cette recherche sur un demi-siècle démontre qu’aucune preuve ne peut être apportée que les réductions d’impôts permettent de stimuler directement l’investissement. En d’autres termes, les augmentations de l’investissement varient selon d’autres facteurs.

Des conclusions similaires peuvent être tirées des expériences des autres pays ayant eu recours aux aides à la production (réductions fiscales) pour stimuler les investissements du secteur privé. En général, ces aides entraînent une hausse des prix des actions, une hausse des salaires des cadres supérieurs ainsi qu’un recul des efforts des directeurs pour favoriser l’innovation et la productivité. Les objectifs principaux que visent les politiciens à travers des réductions fiscales se soldent donc par un échec, mais provoquent un vaste trou dans les finances. Comme le remarque le CCPA :

« La part des dépenses du capital fixe des entreprises dans le PIB et dans les liquidités des entreprises a largement reculé depuis le début des années 80 – malgré les nombreuses réductions fiscales qui ont fait tomber les taxes fédérales sur les entreprises de 50 % à seulement 29,5 % en 2010. »

Dans le cas du Canada, les propositions actuelles de réductions fiscales sur les entreprises vont engager des pertes d’environ 6 milliards de dollars canadiens (4,2 milliards d’euros) par an, pour produire une augmentation dérisoire des investissements à hauteur de 600 millions (420 millions d’euros) par an. Pas vraiment un exploit, surtout lorsqu’on fait la comparaison avec l’augmentation des investissements qu’entraînerait potentiellement une telle somme si elle était engagée par exemple dans l’amélioration de l’infrastructure publique :

« Si le gouvernement fédéral dépensait 6 milliards de dollars dans l’infrastructure publique au lieu de les perdre en réductions fiscales, l’augmentation totale des investissements serait multipliée par dix. A cela viendraient s’ajouter 520 millions de dollars (371 millions d’euros) d’investissement du secteur privé lequel aurait été stimulé selon un effet de démultiplication positif. »

Ces plans économiques farfelus auraient dû être jetés aux orties il y a bien longtemps. On peut voir dans le fait qu’ils perdurent un témoignage de la puissance des lobbys privés et de la faiblesse politique. Les réductions fiscales sur les profits des entreprises ne stimulent pas l’investissement ; elles ne font que transférer les richesses vers les entreprises bien représentées auprès des politiciens.